Le phénomène "-core" : la nostalgie transformée en esthétique
Cottagecore, cybercore, et mille autres : pourquoi le web range désormais nos humeurs et nos souvenirs dans des moodboards baptisés en "-core".
À un moment, tout est devenu un "-core". Une ambiance cosy de chalet ? Un -core. Une nostalgie d'écrans des années 2000 ? Un autre -core. Le web a inventé une façon de cataloguer nos émotions et nos souvenirs sous forme d'esthétiques nommées, partageables, instantanément reconnaissables. C'est devenu une langue visuelle à part entière, et le Luxembourg, avec ses paysages de campagne et ses quartiers ultra-modernes, offre justement de quoi alimenter plusieurs de ces univers. On décrypte cette obsession du classement esthétique.
Mettre un nom sur une vibe
Le génie du suffixe "-core", c'est qu'il transforme une sensation floue en catégorie partageable. Avant, vous aimiez "les vieux ordinateurs et les sons rétro" sans pouvoir vraiment l'expliquer. Maintenant, il existe un mot, une étiquette, une communauté entière qui ressent la même chose. Nommer une esthétique, c'est lui donner une existence sociale. Et une fois nommée, elle peut se diffuser, se collectionner, se porter.
Cette mécanique répond à un besoin très humain : se situer. Dans un flux infini d'images, choisir une esthétique, c'est planter un drapeau, dire "voilà qui je suis, ou du moins l'humeur du moment". Le -core devient une carte d'identité modulable, qu'on change selon la saison ou l'envie, sans engagement définitif.
La nostalgie comme matière première
Beaucoup de ces esthétiques puisent dans le passé : textures de vieilles photos, interfaces d'autrefois, objets démodés soudain réhabilités. La nostalgie est devenue un carburant créatif puissant, parce qu'elle mêle réconfort et distinction. On se réchauffe au souvenir d'une époque, réelle ou fantasmée, tout en affichant un goût qui sort de l'ordinaire. Le rétro n'est plus dépassé, il est curaté.
Le revers, c'est l'inflation : à force de tout transformer en -core, certaines de ces étiquettes finissent vidées de leur sens, fabriquées de toutes pièces pour un cycle de quelques semaines. Mais l'élan de fond reste fascinant. Nous vivons une époque où l'on ne se contente plus de ressentir une ambiance : on la nomme, on la documente, on la partage. La vibe est devenue un objet culturel, et le -core en est le grand catalogue ouvert.
Sources
- Décryptage LëtzBuzz
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